Résister

Presqu’à tous les matins, tout est calme.

Puis, un léger vent se lève, une risée apparaît sur l’eau au son des oiseaux.

Une des choses que j’apprécie le plus, et dont je me félicite, même si très élémentaire, est de remettre à peu près toujours la même chose sur le dos. Je fais ma p’tite lessive régulièrement…J’entends mes voisins se questionner, je vois les monticules d’innécessaires qu’ils traînent avec eux…et je jubile.

Je me suis limitée à quelques vêtements pour les temps froids, de pluie ou pour la température plus clémente ou chaude.  Tout tient dans deux contenants avec gougounes, souliers de marche et bottes de pluie.  Les gougounes auront gagné ma faveur….c’est pour dire l’oisivité dans laquelle je m’installe un peu plus de jour en jour.

À Carleton, j’ai fait la connaissance d’un jeune homme de 27 ans.  Il y a deux ans, il décidait de vivre avec 10 500 $ par année.  Les surplus iraient à la communauté.  De par ses contes, il raconte (!) l’histoire des gens d’ici, ses légendes.  Bien installé autour d’un feu, sur la grève, il raconte presque tous les soirs, à quelque gens de passage ou de la place.  Nous sommes invités à faire un don de 5 $ ou à troquer quelque babiole ou nourriture pour accompagner la résistance.

L’hiver dernier, il partait sur le pouce, avec baluchon, bâton et lanterne, et a vécu la vie de quêteux. Le quêteux d’un autre temps qui, en offrant quelques nouvelles et histoires, se faisait héberger et nourrir. Le temps de prendre le temps, et de repartir par beau temps froid ou pas.

J’ai été invitée à prendre le déjeuner chez lui, j’apportais le café.  Une miche cuisait au four à mon arrivée à 7h30 le matin.

Quelques heures plus tard, je reprenais la route à mon tour.

Dubitative.

Je sentais l’ambivalence se jouer de moi, et me rire en pleine face du scepticisme bouillonnant dans ma tête.  Tant de naïveté et de candeur. Du doute aussi. Un chemin incertain. Quotidiennement.

Ah, mon habitude bien installée de peser et sous-peser les propos des gens.

«Mais non, ça s’peut pas !  Il doit y avoir une passe ! Anguille sous roche. Il se joue de nous !».

Quelques jours plus tard, je recevais son bulletin de bloggeur.

J’ai souri. Tellement. Et j’ai aussi versé une larme. Pas tant pour le texte, que pour le deuil que je faisais. Deuil du doute. Celui qui allume la peur. Cette peur qui nous rentre insidieusement dans le corps quand on voit ce qu’une telle histoire peut provoquer en nous.

Et si c’était vrai ?

J’ai choisi d’y croire. De tout coeur.

Que la vie soit avec toi, Patrick Dubois. Encore et encore. Même si tu doutes parfois. Que le besoin se fait sentir d’observer et de toucher les fruits de tes efforts. Résiste. Pour notre plus grand bien à nous, qui croisons ton chemin.

Carleton, sur la grève
Carleton, sur la grève

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