Le geste

Il est vrai que le temps des Fêtes éveille en nous la compassion.  Pour faire changement des nouvelles déprimantes qui nous assaillent jour après jour et nous rappellent, comme une infopub sans fin, la condition misérable de la planète et celle des êtres qui s’amusent à l’harnacher à défaut de s’entretuer à coup de hachettes, de drones, de bombes, ou de barils de pétrole.

Dans toute cette déprime planétaire se pointe la lumière qui jaillit des ampoules, chandelles et décorations multiples.  C’est vrai que c’est beau. Éblouissant.  On espère la neige et son blanc qui couvre toutes les plaies.  On espère qu’elle ne fonde pas et qu’elle puisse nous garder à l’abri un peu plus longtemps de toutes les horreurs qui s’y cachent, bien enfouies dans notre déni collectif.

Dimanche dernier, avec les femmes de la chorale du Gesù, je chantais les joies d’hiver et les joies d’enfance.  Vêtues de nos habits de circonstance, excitées par la performance née de tous ces lundis soirs de répétitions, nous avons monté les quelques marches sur la scène et se sommes alignées, telle une armée prête au combat.

Sourires pour notre chef, la main sur le coeur, nous avons laissé l’artillerie au repos et avec l’innocence des premiers émois,  nous avons fait voler les chants d’amour et de paix.

Joie. Profonde.

Après le concert, j’ai marché en paix, pas à pas dans la neige, vers le metro en admirant les arbres noirs à la tombée du jour, j’ai levé les yeux pour mieux voir le ciel et les lumières émanants des édifices du centre-ville.  Et je me suis engouffrée dans le tunnel pour attendre le chariot qui me mènerait à la maison.

En m’assoyant pour mieux fixer les railles, j’ai vu cet homme, pieds nus, recroquevillé sur le banc de l’autre côté de mon monde.  Et mon coeur s’est empli de tristesse. J’aurais voulu voler vers lui, le couvrir d’une laine tissée de toutes nos mains, le nourrir des plats que nous préparons ces jours-ci pour nos proches.  J’ai senti la honte de l’humanité. Ma honte. Celle qui m’habite l’année durant sachant que je ne trouve jamais assez un geste, si petit soit-il, pour alléger un peu cette honte que je porte.

Je vous raconte ça parce que je sais que vous vivez la même chose. Sans doute différemment, mais vous savez de quoi je parle. Vous l’avez senti vous aussi.

Je nous souhaite donc très sincèrement de trouver et de renouveler à chaque jour un mot, un sourire, une petite action qui illuminera la vie d’une autre âme.

Peut-être qu’à nous tous, nous réussirons à faire briller des villes entières.

xx Lucie

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