L’Île d’Orléans

À l’envers cette fois.

Il y a quelques années, j’avais couché très rapidement, comme un coup de vent, mes souvenirs de l’Île. Tout déboulait à une vitesse folle, avec la peur au ventre de les perdre en chemin.

Ce qui devait arriver arriva. Ordinateur volé, aucune copie. Je recommence donc. En espérant retrouver ces pensées volées.

Donc l’Île. Mon Île. En fait, c’est devenu mon Île beaucoup plus tard… Quand je l’avais quittée depuis un long moment.

Toute petite, j’y allais régulièrement pour visiter ma grand-mère, ou faire une visite chez de vieux amis de mes parents.

Chez ma grand-mère, cela se passait toujours un peu de la même manière. Ma mère nous endimanchait. Il fallait se tenir tranquille et se comporter à table comme si nous étions en visite chez la Reine. Vaisselle oblige. Je détestais. Tout. (Y’a comme le début d’une révolte là là !!)

Il me faisait plaisir de tutoyer cette grand-mère, alors que ma mère la vouvoyait. Elle n’aimait pas cette insolence et me reprenait chaque fois. Avec une conscience que seul les jeunes enfants vivent avec acuité, je recommençais, je la tutoyais. Elle devait bien avoir un fond de bonté, mais pour moi, elle aurait très bien joué le rôle de la sœur grise frustrée. Elle ne m’aimait pas. C’était réciproque.

Toutefois, sa maison était située à quelques pas de l’entrée du village, et le terrain arrière nous menait directement à la plage. La plage de l’Île, c’est le sable rougeâtre parsemé tout le long de la rive par des rochers de schiste. Partout, on y trouve moules, escargots (pas de vrais escargots, mais c’est ainsi que nous les nommions…nous aurions dû pourtant savoir que ces petites bêtes portaient le nom de bigorneaux) et avec un peu de chance, des écrevisses. On y découvre aussi (encore aujourd’hui) des cadavres de poissons – dont l’anguille – qui nous rappelle qu’il est possible après tout qu’un monstre se cache tout près dans notre St-Laurent.

J’en ai passé du temps sur cette grève. Je reconnaissais chaque bout de rocher et j’aurais pu dire exactement où je me trouvais en m’orientant par leurs formes.

À Montréal, quinze ans plus tard, j’ai du me résoudre au fait que d’autres que moi s’étaient approprié ce royaume. Une amie du temps, de quelques années mon aînée, vivait à quelques terres de ce qui devait être plus tard notre maison (mes parents firent l’acquisition d’une vieille ancestrale, à rénover, sur la côte. J’ai compris récemment que cette vieille maison est une des rares survivantes du 17è siècle, 1690 pour être exacte). Elle fût tout aussi choquée que moi d’entendre quelqu’un clamer son droit de propriété sur les rochers. Ces derniers avaient entendus tellement de confidences, de peines et de joie, qu’il lui était difficile, autant qu’à moi, d’admettre que nous les avions partagés. Aux mêmes fins.

Lorsque nous habitions notre maison sur la côte, il m’arrivait de –caller- le bateau. L’été, sauf lors de grands vents, le fleuve était plutôt calme. J’avais observé qu’après le passage des paquebots, une belle série de vagues déferlaient sur la côte. À nous d’en profiter.

J’appelais ma voisine. Nous nous donnions rendez-vous à la plage, quinze minutes plus tard. Avec mon chien, ce cher Griffon, tout bâtard qu’il était, je me tenais prête à plonger dans les vagues. Les grosses vagues.

Quand il fait chaud à l’Île, il fait chaud. Là-haut, sur la côte, le soleil frappait sans pitié. Et une saucette dans cette immensité, me faisait oublier quelques minutes, le chemin torride que je devrais marcher pour remonter la côte et rentrer.

Il faut comprendre, que vivre sur la côte, à 2 km du village, sans voisin immédiat, était tout de même un gros changement pour une enfant de 9 ans – habituée par les journées bien remplies à jouer avec la quinzaine d’enfants qui s’emparaient de la rue, du cap, des sous-bois, et qui n’avaient cesse d’inventer et réinventer des jeux alors que, des plus jeunes aux plus vieux, tous s’épuisaient jusqu’à en tomber raide mort à l’heure du Bonhomme sept heures.

Donc….Avant de se rendre à la maison (il fallait monter la côte), on passait obligatoirement devant la maison des Turcotte. Fermiers sur cette terre qui s’étendait jusqu’au milieu de l’Île, ils avaient aussi des enfants !!

Les filles, car c’est le nom de groupe qui leur fût attitré, ont été en fait, mon salut. Filles de ferme : patates, fraises, vaches et foin. Voilà le plan d’occupation du printemps à l’automne. Et pour meubler les quelques temps morts, il y avait la rouleuse de madame Turcotte.

Quel plaisir pour moi, quand je lui demandais de rouler ses cigarettes. Elle me sortait la grosse boîte à tabac, le papier, et l’instrument de fascination. Micheline sortait l’accordéon, et voilà que la soirée allait être une courte fête ! Et quelle fête.

À l’Île, quand on est pas de l’Île, c’est-à-dire, qu’on est pas né sur l’Île, on est jamais vraiment de l’Île. On dirait un système de communication évolué qui renseigne chacun des habitants du village sur vos origines. «Ah !…Une fille d’la ville ». À chaque fois, je recevais une gifle. Et à chaque fois, je présentais l’autre joue. Je me disais qu’à force de me présenter à l’étable, à l’heure de chacune des traites, ils finiraient bien par m’accepter comme une des leurs, et ils m’accorderaient enfin le privilège de traire ma propre vache.

Ils doivent encore en rire entre eux dans les réunions de famille où surgissent toujours les souvenirs d’un autre temps.

J’ai réussi à avoir ma vache. Mais jamais à lui donner un nom officiel.

Un jour, avec les filles, j’avais décidé qu’il était grand temps qu’un gros ménage se fasse à l’étable.

On avait ramassé la bouse, gratter, laver les enclos. Ensuite, nous avions fabriqué, sur bois, de belles plaquettes sur lesquelles nous avions écrit, de notre plus belle écriture, le nom de chacune des vaches. Juste trouver leurs noms nous avait bien occupé une demi-journée. Nous avions opté pour des noms de fleurs. Et vive le Larousse illustré. Nous nous étions donc entendues sur Marguerite, Bouton d’or, Ketchup (en l’honneur de ce que nous avons toujours appelées les fleurs à ketchup), Violette, et…Sophie (?).

Quand notre travail fût accompli, et que l’heure de la traite approchait, nous étions toutes un peu prises d’une certaine nervosité.

Et comme certains auraient pu le prédire, Pépère sorti de ses gonds – arracha le tout – et répandit le foin, où il se devait.

La honte nous habitait. Comme si nous avions commis un crime irréparable. J’avais eu le malheur de donner des idées, de fille de ville, à des gens qui ne devaient surtout pas s’attendrir sur le sort d’un animal. Et surtout, surtout, ne pas les baptiser.

J’ai compris à ce moment précis que je ne serais jamais des leurs.

Pourtant…

Assise à cette terrasse de mon enfance. Tout a changé et tout est semblable. Comment décrire le bruit des vagues qui déferlent tour à tour en flattant l’herbe tendre qui abrite les moules.

J’ai vu aujourd’hui un goéland qui valsait. Il montait dans l’air, se laissait caresser par le vent pour revenir à son départ. C’est par la suite que je l’ai vu, moule en pattes, s’envoler à nouveau et laisser tomber le caillou. Cela faisait trente ans que je n’avais été témoin de cette merveille.

Le fleuve ici, qui m’apparaissait si large, me présente la rive. Je la vois mieux. Comme si dans ma jeunesse, ce monde s’arrêtait à la limite des roches de la marée basse.

Je comprends Lachance d’avoir voulu en faire un lieu balnéaire. Toute petite, la joie quand nous allions se baigner à la «piscine de la plage». Il y avait tout ce monde. Un soulagement d’avoir cette vie autour de moi, alors que mes journées se limitaient souvent à l’espace de la côte.

C’est en revivant un peu cette mémoire que me vient l’idée que l’amour que nous éprouvons pour nos enfants, à leur naissance, à leurs premiers jours est ce qu’il y a de plus proche de l’état de grâce que nous recherchons, par la suite, toute notre vie. Le grand don que l’on m’a fait : j’ai pu aimé totalement, entièrement. Et sans me le faire reprocher. Deux fois.

Je vois les Appalaches au loin. Tout au loin. Les moutons sur le fleuve nous donnent parfois l’illusion d’y voir le souffle d’une baleine.  Je devine, à l’horizon, la brume qui se forme alors que le soleil baisse doucement les bras pour s’allonger dans la grande marée.

 

Pissou civilisé

J’ai glissé un peu …dans les belles côtes de Charlevoix jusqu’à Baie St-Paul.

Le choc tu dis ? Retour à la civilisation.

Oui oui, c’est vraiment joli.

Un peu comme St-Sauveur…en juste plus beau. En moins pire. Sauvée par l’architecture et l’authenticité des demeures anciennes, notre beau patrimoine.

C’est comme ça, vous me le direz, les villages touristiques près des grands centres. On s’entend qu’on est pas ben loin de Québec… Alors ça se construit dans les montagnes, ça magasine en bas (!), ça passe les fins de semaine ou les étés, ou bien ça vient jouer à l’artiste. Amis français, vous êtes les bienvenus !

Il y en a des artistes. Mais il y a aussi des artistes qu’on préfèrerait qu’ils soient restés en ville. Oh méchante !! S’cusez-la. Fallait que ça sorte. Ma plus vieille amie, Élise, va dire que finalement, j’suis pas si fine que ça…Moi-même un peu pseudo, je me donne le droit.

Cela dit, il y a tout de même des endroits sympathiques comme le Café des artistes (!) et le Balcon vert (camping, auberge) qui m’a donné droit à une vue magnifique lorsque je me suis abandonnée au sommeil. Comme un amant fidèle, ce magnifique paysage m’a accueillie au réveil.

C’est le matin des confidences. Je vais mettre ça sur le dos du temps un peu grisou et de mon humeur un peu grisette…

Il m’est arrivé, à plusieurs reprises cet été, d’être envahie par une envie de crier. Fort. Un beau gros et tonitruant «VOS GUEULES !».

Tout a commencé dès le premier festival. Tout le monde s’entasse sous les tentes prévues pour les performances. Et dans presque tous les festivals, sauf une exception, les spectacles sont payants. Et bien croyez-le ou non, certain et certaines, parce que c’est un peu la fête, paient le prix d’entrer pour raconter leur vie à leur voisin. Ou mieux encore, pour rire à gorge déployée de la blague de l’un ou de l’autre.

Et ça se passe, peu importe l’artiste en scène. J’ai été témoin d’un petit 5 à 7 où un artiste de renom s’est plié avec gentillesse à l’exigence qu’engendre le modèle de financement des festivals (c’est la vie !).   Avec éloquence, il faisait le bon blabla pour les commanditaires, partenaires. Il a même gratté sa guitare et chanté pour faire plaisir.

Honte. Il n’y avait qu’une trentaine de personnes. Et ça jasait, ça riait, ça se foutait carrément de ce que cet artiste disait ou chantait. Pas croyable.

Vous excuserez ma p’tite montée de lait. J’ai fait preuve de retenue. Un peu comme lorsque vous êtes invités chez des amis et que les enfants se comportent en monstres insolents et que vous n’osez dire un mot. C’est comme ça. Nous sommes des enfants gâtés et insolents.

Si jamais cela vous arrive, que vous avez payé pour aller entendre un artiste, et qu’une petite gang de morons vous gâche ce beau privilège, cette joie, et bien, osez. Au nom de tous les tolérants pissous que nous sommes parfois.

Une parenthèse pas rapport.

Le choc des rencontres. Le beau et le laid. Le bon et le mal. La capacité de s’émerveiller, et aussi, de continuer à réfléchir. La nature, les animaux, à chaque détour me surprennent, et me donnent toujours tout, ce tout inexplicable. Pas de leurre.

Il s’agit d’ouvrir tout simplement ses yeux et son coeur. Le calme revient. Ainsi que l’envie de reprendre la route…pour m’émerveiller encore un peu (et réfléchir !), encore quelques jours.

Bises à mes amis et amies où que vous soyez.

RouteCharlevoix

65 jours plus tard

En prenant le traversier vers Tadoussac, je savais que j’aurais de légers vertiges. Partie depuis le 11 juin, j’allais frôler mes premiers souvenirs de l’été. Je savais aussi que quelques heures plus tard, la pluie reviendrait m’accueillir à St-Siméon, comme si le destin replaçait tous les éléments dans un passé déjà loin et si proche à la fois. Un peu pour me rappeler que cette fois, ce serait vraiment le début de la fin.

Malgré tout le confort de mon New-West, j’avais besoin d’un vrai repos. Une pause. Me suis donc pris une chambre d’hôtel, avec juste un peu plus d’espace pour tourner sur moi-même. Au matin, le ciel avait définitivement tiré la couverture sur son soleil. Je l’entendais se virer d’un bord comme sur l’autre, bougonner, soupirer…pleurer. Et j’étais là, à vouloir – mauvaise habitude – porter son malheur. Ça s’est calmé en fin de journée. J’ai ouvert ma fenêtre sur un peu de bonheur. Encore la musique.

La ChantEauFête dans le monde des festivals d’été, c’est presque la fin du roadtrip pour bien de jeunes artistes qui n’ont cessé de faire, défaire et refaire leurs valises tout l’été. Il y aura bien le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (que je manquerai !!) et quelques autres encore… J’ai revu bien des visages croisés pendant l’été.

Pour ceux et celles qui m’ont suivi un peu, vous savez que je ne suis pas tombée dans les détails des prestations d’artistes, je ne me suis pas faite critique. J’ai quand même eu de beaux coups de cœur. Je me suis attachée un peu. Avec certains et certaines, j’ai pu échangé un peu au delà de la frontière, et avec d’autres, je suis restée spectatrice, prête à me faire charmer ou émouvoir.

Il y a des gens que l’on rencontre et qu’instantanément, on sent l’ouverture. Pas d’armes. Juste les bras ouverts.

C’est surtout avec les organisateurs et bénévoles que je vis ces moments. Et quelques fois, des artistes. Je ne vais pas les nommer ici. Ce n’est peut-être pas croustillant, et je déçois votre curiosité de paparazzi (que nous avons tous)…

J’aimerais plutôt vous dire que ce sont tous les gens de l’ombre qui s’affairent à jeter de la lumière sur les artistes, à tourner les boutons, à rouler et dérouler des fils, à se soucier de leur bien-être, à accueillir les gens, à faire à manger, à s’inquiéter de la chaleur ou du froid dans les tentes, à s’occuper des commanditaires, à pousser les crayons pour faire arriver les chiffres, à espérer que tout se passe bien ! Et plusieurs le font généreusement et aussi bénévolement.

On ne le dira jamais assez. Faire du bénévolat ouvre la voie au bonheur. En jasant avec m’sieur le maire, Sylvain Tremblay, j’ai eu un p’tit coup de confiance dans la politique municipale. Lucide à propos du mal des régions (il n’y a quand même que 1 300 âmes à St-Siméon), il se réjouit de ce que la ChantEauFête aura permis. Non seulement cet événement permet aux jeunes de la région d’explorer et de côtoyer le monde culturel, et aussi parfois même de s’y trouver un métier, mais aussi, il génère de la fierté et du bonheur. La population plus âgée s’implique beaucoup.

Ils ne sont peut-être pas tous fous de notre musique, mais ils sont là. Ils crient en cœur, comme dans le bon vieux temps : «Présent !»

Monsieur Harvey sur la photo !

 

En cas de pluie

 

On zoue

Est-ce la pleine lune, la nuit agitée, le réveil à 4h du matin par le chant des bateaux qui se disent «bonjour» dans le brouillard, la lenteur des jours? Le départ de ma chère amie vers le Grand Nord? Une longue et belle conversation sur la plage, rosée dans une main et téléphone dans l’autre?

Il est toujours là le brouillard.

Je suis du côté du soleil et je passe en revue tout ce que mes yeux attrapent : épilobes, rosiers et fleurs sauvages, l’immensité de la grève à marée basse, les fumées de brumes qui semblent sortir du sable, la pointe des arbres de l’Îles aux Basques.

On parle souvent de vivre le moment présent. La capacité de se figer, un moment, remplie d’appréciation et de reconnaissance. Contemplation.

Je crois toutefois que cette position en est une de privilège. Le temps s’arrête quand nous ne sommes pas dans le besoin. Aucun. Qu’il soit essentiel, de subsistance ou de réalisation de soi, de projet, de reconnaissance, d’expression etc.

C’est essentiellement lorsque l’on réussit à s’oublier totalement que ça se passe.

Cette pensée inachevée… Je n’écris pas une dissertation philosophique (que je ne saurais faire de toute façon), mais je me permets de l’écrire, de le dire.

Enfin…

J’ai commencé à lire «Quelques pas dans l’éternité». Après avoir lu«Ceci est mon corps», mon intérêt s’est fait de plus en plus grandissant pour Jean-François Beauchemin.

Je vous laisse donc avec cette citation :

«Quelque chose a changé profondément. Il me vient parfois cette pensée troublante qu’en m’inventant un personnage, en l’autorisant à se prendre pour moi, je m’essayais à venir au monde….À défaut de m’être rencontré tout à fait, de me connaître suffisamment pour accomplir enfin l’aventure faite pour moi et dont je sentais l’appel, je tentais de prendre corps….de préciser ma vie.»

Bonne journée !  M’en vais zouer avec les bélugas !

Trois-Pistoles

Fête du bois flotté

Le mois d’août a toujours signifié pour moi le temps des récoltes. La lumière change déjà, les champs jaunissent de plus en plus, les fleurs sauvages se succèdent dans la course de qui sera la plus belle, les marchés débordent de bonheur à revendre.

Puisque le réchauffement climatique fait ce qu’il fait, beaucoup de gens ont déplacé leurs vacances vers le mois d’août, et j’en déduis que l’on retrouve autant de festivals, tout en même temps pour cette même raison !

L’ÉchoFête n’était pas terminée que c’était au tour des Concerts aux Îles du Bic, puis le Festival du bois flotté (Ste-Anne-des-Monts), en même temps que le Festival du Bout du monde (Gaspé).

Je trouvais ça bien intriguant le Bois flotté… On dit : «Fête du bois flotté, Le folklore d’ici raconté et sculpté».

Les lieux sont bien aménagés, les gens très sympathiques, un bon choix de groupes pour les soirées (Les chauffeurs à pieds, Les Tireux d’Roches entre autres) et….quelques sculpteurs. Quatre cette année. Deux femmes et deux hommes.

Monique Campion qui travaille bien fort avec tout ce beau monde réussit le pari. Les gens du coin sont contents. Il n’y en a pas autant que l’on souhaiterait, surprenant quand on sait que l’accès est gratuit (!!!). On demande un p’tit don de 3$ (!!!!) – je me suis dit qu’il devait y avoir de la volonté politique là-dessous…

C’est en début d’après-midi, après avoir marché dans le Parc de la Gaspésie (près du Mont-Albert) dans la bruine et les nuages, que j’ai retrouvé le soleil au bord de la mer.  Je suis partie faire ma tournée pour voir où ils en étaient les sculpteurs.

J’ai donc arrêté mon œil sur Maud Palmaerts (originaire de Québec). Une artiste. Une vraie. Pleine de doutes !

Elle étudie en technique de Métiers d’art pendant trois ans, travaille dans la restauration de pierres, et rêve de sortir de ce métier d’homme pour enseigner l’art thérapie.

Ben là Maud…qu’est-ce que tu veux dire par un métier d’homme ? «Ben tu m’vois là ? Grimper sur l’échafaud avec ma «chainsaw». J’ai 29 ans, pis y’a des fois où ma main se met à branler tout seule pendant plusieurs minutes…j’ai mal dans les mains, dans l’dos. C’est dur la sculpture de grands formats !» – Mais il faut en faire si on veut avoir des bourses pour faire d’autres types de sculptures… Soupire.

Je la regarderai aller. Question de voir un peu comment elle travaille, l’artiste. Et je vois ce bois, ce beau bois récolté sur la grève, se transformer tout doucement. Ça lui prendra au moins quatre jours (et c’est rapide) pour arriver à atteindre ce qu’elle espère.

J’ai confiance. Peu d’œuvres m’ont émue pendant ce périple. Et avant même de faire la rencontre de Maud, mon œil s’était arrêté à mon arrivée sur un balbutiement….je repasserai, juste pour voir la totale.

Maud Palmaerts

Sea Shack

Fin d’après-midi, arrivée au Sea Shack

Le spot est extraordinaire. Faut juste pas avoir peur d’entrer dans un autre monde. Car c’est un autre monde.

Oui. On vieillit. Même si on ne veut pas trop trop.

Vous êtes nés en quelle année au juste ? Admettons, juste pour l’histoire, qu’on s’arrête à 1970. C’est un beau chiffre non ? Il y en a qui diront : «j’étais même pas né !»…Ouais, ben, y’en a une gang (une grosse gang) qui se rappellera, je n’ose y penser, bien de drôles de souvenirs. Dans mon cas, ça a passé inaperçu…j’étais à peine née…(rire). Une fois de plus, pour les fins de l’histoire, on va dire qu’on avait tous entre 17 et 24 ans en 1970.

Arrêt du temps.

Vous partez en Westfalia, quelque part avec votre chum ou votre blonde, vous avez ramassé quelques âmes sur la route, et v’là que vous êtes rendus en Gaspésie. Un peu passé Sainte-Anne-Des-Monts, arrêt au Sea Shack (on va dire que ça existait à l’époque).

Entre temps, ellipse temporelle, y’a une tite gang en 2004 qui décident qu’en ’70, c’était peut-être ça, les belles années.

Ils s’inspirent de quelques voyages (réels ou par procuration) dans les mers du sud. On se fait un abri-bar avec les genres de feuilles de palmier qui deviennent grises avec le soleil. On imagine qu’il fait chaud, chaud, chaud.

Drette dans la face, Pit Caribou en main, vous admirez …pas les filles…nenon, ni les gars (y’en a de très jolies et mignons).  Vous regardez la mer. Encore la mer ! Y’a bien des épinettes qui grimpent sur les falaises et qui s’agrippent tant bien que mal, des tentes de toutes les couleurs tapissent la grève. Des hamacs accrochés sous des huttes de plage entassent quelques jeunesses, deux ou trois chiens font le tour de la place, en quête de grenailles.

Ça y est ? Vous y êtes ?

Et finalement, y’a la musique.

Ce soir, c’est le «jam du mardi» avec Éric Dion et André Lavergne. Dans l’Shed.

Shed, Shack….ça marche. Même que ça marche très bien. «Dans l’bois» que j’avais entendu à Petite-Vallée sonne encore mieux ici, avec le décor. Suivra une très réussie «Belle embarquée». On a débuté par un petit 5 à 7. Pas grand monde. C’est pas grave, ceux et celles qui y sont, écoutent. Ravis.

Je me retourne vers la mer et j’aperçois un nuage …un souffle.

Un grand souffle de baleine.

Encore deux fois avant de disparaître au large.

«Attends-moi ! … J’arrive !»

P.-S.  si vous êtes en manque de sommeil….ce n’est pas là où vous trouverez le repos !

P.-S.2… La réalité – la vraie histoire du Sea Shack est bien plus belle -.

Sea Shack

Écho (ce qui reproduit ou rappelle quelque chose)

Trois-PistolesJardin communautaire

Activité familiale par excellence : la marche sur la grève. Les enfants récoltent des trésors. J’en vois une qui s’en vient, les bras chargés de trouvailles. Les belles roches ! Et les parents discutent. De projets, de jardin, de ferme et de possibilités. Ah ! Les possibilités !

Je vous imagine chers lecteurs et lectrices pendant ces quelques semaines de vacances, à profiter de tout et de rien, et à vous surprendre dans le rêve d’une autre vie possible. On se demande toujours. À chaque année, au temps des vacances, ça vous reprend un peu… Allez…avouez !

Ceci dit, en arrivant à Trois-Pistoles, peu importe par quel chemin vous arrivez, on se retrouve toujours avec l’église. La grosse église ! Le centre ! Drôlement pratique pour une sans boussole interne comme moi. Et il y a aussi la trac de chemin de fer qui délimite le haut du bas du village. Je n’ai pas eu conscience d’une grande circulation ferroviaire, mais il y a bien un train qui file à toute vitesse en pleine nuit (!). Si vous regardez les horaires pour la Gaspésie, vous verrez qu’il n’y a pas moyen de voyager autrement que la nuit. Je vous laisse deviner le pourquoi de la chose.

Donc ! En arrivant à Trois-Pistoles, je distingue la silhouette de Dominic Champagne qui sort de sa voiture. C’est lui qui lancera le bal des trois prochains jours à l’ÉchoFête. J’étais pressée de le rencontrer, j’avais hâte de plonger mes yeux dans ce beau vert de gris et d’y voir peut-être, un peu d’espoir. Peut-être aussi des réponses à une grande question : y’en as-tu vraiment de l’espoir ?

On est environ une quarantaine à se les geler un peu sous le chapiteau, à découvrir (dans mon cas pour la deuxième fois) Anticosti – La chasse au pétrole extrême. Après 50 jours sur la route de la Côte-Nord, du Bas St-Laurent et de la Gaspésie, je revois. Et je ressens le grand frisson. Celui qui vous traverse l’épine dorsale. La crainte qu’une fois de plus, l’Homme que l’on dit souvent grand, agisse avec la petitesse qu’engendre l’appât du gain.

Je dois me fouetter pour ne pas tomber dans le cynisme et le découragement. Mon remède sera d’aller à la rencontre de la résistance. De la persistance. De l’engagement.

Il y a Maxime, Sébastien, Marie-Ève, Anthony. Ce matin, c’est Guillaume Côté-Philibert qui me fournira le soleil. Il donne un atelier d’échanges sur le jardinage biologique au jardin communautaire intergénérationnel, créé il y a 6 ans….l’autre bord de la trac ! Guillaume jardine non seulement dans cet espace merveilleux, mais aussi au Centre d’aide aux proches aidants des Basques.

Je le recroiserai plus tard – bébé aux bras – lors d’une activité présentée par la Coopérative La Mitaine. On y parle d’agro-tourisme alternatif, d’actions sociales et communautaires, de valorisation des produits locaux par la transformation.

En après-midi, je fais la rencontre de deux artistes nomades le temps d’un été. Marionnettiste et concepteur d’éclairage marient leurs besoins de dire sans le dire. Quinze minutes pour présenter une mini pièce inspirée du Meilleur des mondes de Huxley. Je redoute un peu la réaction du public. Surprise. Commentaires, questions, louanges.

En me retirant un peu à l’ombre, j’engage la conversation avec deux gars qui font partie de la Coopérative de travail Molotov (offre de service de communication). On discute un peu. Enthousiasme.

Pour clore ma journée, j’ai l’impression d’ouvrir un fortune cookie. Anthony me présente Nicolas Falcimaigne. Ensemble.Coop – Journal indépendant, une autre coopérative. Je suis non seulement intriguée, mais séduite.

Le lendemain, lorsque je sortirai de ma rêvasserie sur la grève, histoire de me reposer un peu de la veille, je trouverai sur mon pare-brise une copie du journal. Joie.

Ce soir je me ferai le grand plaisir d’assister au spectacle de Daniel Bélanger.

Ces trois jours m’auront fait vivre beaucoup de questionnements, non seulement sur tous ces gens et leurs projets, mais aussi sur les possibilités.

Il y a de l’espoir là où se sèment les graines, prêtes à nous en donner bien plus que l’on peut parfois espérer.

Avons-nous laissé mourir notre imaginaire, notre créativité, notre courage ?

Ici, il y en a une gang qui n’en manque pas !

To be or not to be

Après plusieurs jours de privation, mon ordinateur ayant capté un virus qui générait toutes sortes de bizarreries, et de la belle visite improvisée, me revoilà penchée sur mon petit cahier, à réfléchir et à revoir les derniers jours. C’est à Trois-Pistoles que j’ai élu domicile (je vous en parle bientôt). Mais avant, il y a eu Rimouski, Métis et Ste-Luce. Un bain de jeunesse, beaucoup de beauté et un cirque étrange de vacanciers (dans l’ordre).

Et puis enfin, Douglastown.

Quel étrange et charmant village, bien accoté sur Gaspé. Il s’y trouve là-bas, deux solitudes. La feuille d’érable flotte à plein vent, les pancartes de oui et de non au pétrole se font face.

Une guerre silencieuse.

Dans ce calme apparent, j’ai fait la rencontre de Luc. Vu par plusieurs comme une étrangeté du coin, c’est en ayant décidé d’aller vivre à Terre-Neuve, qu’il s’arrête faire la visite d’un ami, à Douglastown. Il y avait de cela onze ans.

Un sauvage dans une terre où il manquait un liant. Un grand solitaire qui s’est épris de ce village et de ses vieilles et plus jeunes âmes. Le festival de la semaine Irlandaise voyait le jour il y a huit ans.

Avec le déclin démographique de la communauté anglophone, de jeunes familles francophones s’y installent. De plus en plus. On se côtoie. On se dit bonjour ou hello. On s’entraide au besoin. Mais on ne se fréquente pas.

Parenthèse : j’ai remarqué que la fierté est un liant naturel dans les petites communautés. Il en manque malheureusement souvent dans les plus grandes…et doit être nourrie dans certaine. Fin de la parenthèse.

Alors, quoi de mieux que la musique, les soirées de repas partage (potluck), les activités communautaires et la recherche de trésors anciens, pour tenter un rapprochement.

Il en faut du temps, de la patience, de l’engagement, et bien sûr, du rêve pour que la magie opère. Avec un maigre 15 000 $ de budget, un grand Luc et une poignée de bénévoles….tout est possible.

C’est avec beaucoup d’émotion que Norma Gal, âgée de 80 ans, nous sert quelques reels irlandais. Joueuse de guitare depuis toujours, elle s’est mise au violon il y a deux ans ! La salle était coiffée de têtes blanches. Les pieds se faisaient aller, les sourires transformaient les visages peuplés de souvenirs.

Aucune prétention. Beaucoup d’amour.

Le lendemain, alors que le ciel nous livrait une fois de plus un spectacle sans pareil (je vous ai mis une photo juste pour les sceptiques), c’était au tour de Glenn Patterson et Laura Risk, de présenter le fruit de cinq ans de rencontres, recherches ; enregistrement sur bobines, vieilles cassettes pleines de poussière, travail en studio, transferts parfois maigres mais combien riches en mémoire.

On sert donc le vin d’honneur. On entend par les deux gros haut-parleurs Ernest Bolduc (1910-1982).

«Le jeu d’Ernest se caractérise par un archet vigoureux et une utilisation fréquente du bourdon à vide accentué par accordage en mi-si-mi-si, plusieurs tons sous l’accordage double moderne. Plusieurs violoneux de l’ancienne génération de Douglastown accordaient leur violon à la baisse.»

C’est le genre d’information et une mine d’anecdotes que l’on retrouve sur le CD Douglastown, Musique et chanson de la Gaspésie. On y entend une autre époque, on y entend les joies et les peines, on y entend les espérances, on y entend l’amour. On y entend la vie.

Longue vie à la semaine irlandaise de Douglastown !

Et surtout, mes hommages à monsieur Luc Chaput.

Luc Chaput-Douglastown

Douglastown

L’espoir

J’ai tardé un peu à vous raconter cette rencontre. Cette belle rencontre.

C’est l’histoire d’une jeune femme, qui ne souhaite que d’être sereine, et qui, par amour, fît son premier jardin.

La magie de confier à la terre de toutes petites graines, et de les regarder générer une si grande abondance.

Produire la santé ensemble, c’est le nom d’un organisme pour lequel elle travaille. C’est le nom en fait de plusieurs personnes en un nom. La mission ? «Développer, accompagner, expérimenter des solutions collectives pour l’amélioration de la santé globale par l’accroissement de l’autonomie alimentaire.»

J’vous entends déjà dire : «Bon bon bon, encore une gang de hippies pelletant des nuages».

Et ben non !  Ce sont des gens, extrêmement dédiés. Ils travaillent fort. Et ils le font avec un sens aigu de la responsabilité qu’ils portent pour leurs enfants, et aussi pour leur communauté.

Donc, cette femme, Karen Golden, a démarré un jardin à l’école de sa fille. Et quand un poste s’est ouvert pour travailler justement à développer des potagers avec les écoles, elle n’a pas hésité une minute.

Trois écoles l’année dernière, et trois nouvelles pour l’année qui vient.  Les enfants apprennent avec des ateliers culinaires l’hiver, et par la suite, des ateliers pour cultiver; voir aux semis, planter, entretenir, récolter, cuisiner, manger. Avec amour.

Ça se passe où tout ça ? À Val d’Espoir. Oui oui, le siège de Fred, la fameuse marmotte, officiellement dédiée depuis 2010 à annoncer la venue du printemps.  C’est aussi l’arrière pays de Percé, et où se tenait jadis l’école d’agriculture (1938-1961).

Je vous raconte tout ça, parce que je trouve ça non seulement beau, mais aussi inspirant.

Il y a plein de gens venus d’ailleurs, et on fait une place (contrairement à d’autres villages) à ces nouveaux arrivants. On a de l’espoir.  Quinze nouveaux nés cet hiver !

Et comme Karen le dit si bien : «En Gaspésie, c’est vivre dans un territoire où tout est possible. On peut se recréer comme on le veut. Malgré toutes les difficultés que l’éloignement engendre….on apprend à mieux s’organiser, on pense collectivement, avec le voeu de ne pas dépendre des institutions gouvernementales.»

On va leur souhaiter de belles récoltes, de nouvelles recrues, et la sérénité. Ils le méritent.

Voici un lien d’un petit document vidéo qui a été conçu par des gens de là-bas. Si ça vous dit.

http://vimeo.com/83766057

Salut les bâtisseurs et bâtisseuses !

Percé

La question

Installée avec ma serviette, mon livre, ma p’tite chaise (tellement pratique !), j’observe encore la mer.  Dans la baie, on voit les bordures de la terre changer du rouge au brun, puis au gris.  Le contraste avec cette forêt bien accrochée. Elle semble retenir tout dans ses bras.

Pluie d’obus.

Les fous de bassan ont repéré un banc de poissons.  Un grand spectacle d’acrobates !  En v’là un qui monte et monte, vire de cap et amorce la descente, se fait une vrille avant de s’allonger pour mieux plonger.  Splash !  L’écume s’envole.

Ah ! Te v’là encore toi ?!

Impossible de te tenir à l’écart.  J’ai beau retenir la porte, lui dire de foutre le camp, de me laisser en paix – cette paix dont le prix me paraît de moins en moins élevé !

C’est pas comme si c’était la première fois.  On se connaît bien elle et moi.  On joue à cache-cache. On s’oublie. On se retrouve. Et on s’affronte.

J’ai bien gagné quelques joutes. Trouvant réponses dans de beaux projets ; une entreprise, de beaux et bons enfants, des amours, de nouveaux défis d’emploi, une rénovation ou deux, des voyages.  Plus les années passent, plus ma p’tite tannante me demande : «Alors ? Tu fais quoi là là ? Tu sers à quoi au juste ? Et surtout…tu n’as pas le droit de juste regarder le temps passer ! ».

Pourtant.

J’adore, je savoure ce temps qui m’est donné.  Et je réponds à la fatigante : «c’est ben correct de ne pas avoir de réponse….de ne pas être productive ! ».

Un ami me disait, en d’autres mots, que c’est un peu ça parfois l’art.  Certains l’exécutent religieusement jour après jour.  D’autres laissent germer les semences. À leurs rythmes. Avec respect. Et patience.

Et quand c’est le temps de cueillir, on s’y met.  On trime.  Et ensuite, on espère. On rêve un peu, que quelqu’un à l’autre bout, ou tout près, saisisse le propos, l’essence, la beauté et l’effort qu’un tel labeur aura demandé de soi.

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Si j’avais passé ma vie en Gaspésie, j’aurais les yeux bleus à force de regarder la mer.

J’ai cru remarquer d’ailleurs, sans maquillage depuis le 11 juin (oui oui pour les sceptiques !), une nouvelle couleur qui se cultive lentement.  Il y a de nouveaux reflets. Dans mon âme.

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Je crois saisir, comprendre un peu mieux, la nécessité de l’arrêt.

C’est quand l’espace et le temps s’arrêtent, que jaillissent les idées, les mots, parfois même, les images.

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