Garçon !

Avant de commencer à écrire ce petit article, je me suis demandé quel prétexte j’allais inventer pour parler de ….bière !

Certains le savent, d’autres l’apprendront…j’ai bu d’la bière cet été ! Je ne suis pas une grande connaisseuse (c’est la même chose dans bien des affaires), mais la curiosité a souvent le dessus sur d’autres faiblesses.

Petit rituel, j’aimais bien dans l’après-midi (parfois même tôt dans l’après-midi), m’installer à ma résidence de passage, déplier la chaise ou étendre mes paperasses sur une table à picnik, et me servir une tite bière !

Je ne vous ai pas parlé de la Pit Caribou (Anse-à-Beaufils) qui m’avait déjà appelée du haut d’une tablette de dépanneur de Montréal, ou des multiples bières de Les Naufrageurs (Carleton) dont j’ai fait la découverte en errant sur un et deux plateaux de dégustation d’Est en Ouest ou du Sud au Nord… ou encore de la Tête d’Allumette (spot de rêve dans Kamouraska).

À chaque fois, je me disais qu’il n’aurait pas fallu que je fasse la rencontre de la bière il y a 10 ans, car on aurait connu à Montréal une micro-brasserie/fromagerie !! En parlant avec quelques Maîtres brasseurs, et en écoutant avec les oreilles, le nez, les yeux et parfois la bouche grande ouverte les divers processus de fabrication, je ne pouvais m’empêcher de faire des liens avec la production fromagère. Ahhh la passion !

Bon, tout ça pour dire que c’était l’anniversaire de Charles. Ninon (sa super blonde) a –callé- un 5 à 7 à L’Isle de garde. Rue Beaubien près de St-Hubert.

Petit bonheur. Bien sympathique. Arrivée vers 16h45, l’endroit était plutôt calme…on sentait tout de même que ça n’allait pas durer. J’ai été accueilli avec un sourire, un intérêt réel pour me conseiller, un service sympathique. Naturellement, à 17h45 il y avait du monde dans tous les recoins, on ne s’entendait plus trop trop, à moins de parler à sa voisine ou voisin immédiat. Pas grave. Le temps de prendre une noire (no.21) et de savourer quelques charcuteries servies sur planches, de faire la placote avec les copains-copines, à 21h j’étais de retour à la maison, installée dans mes oreillers, satisfaite d’avoir pris un peu d’air en marchant dans le froid, et d’avoir vu quelques amis avec qui on s’entend à chaque fois pour se dire que l’on devrait faire ça plus souvent.

Puisque d’autres l’ont fait avant moi, et très bien d’ailleurs, je vous laisse lire un peu plus sur la place via un blogue déniché par hasard, ainsi qu’un autre nom que vous aimerez retenir si vous aimez les bières brassées ici par chez nous. Les délires du terroir. Allez-y faire un tour.

 

Pour toi ma fille

«Ahhhh que la neige a tombé»

Aux premiers pas de ta vie

Aux premières traces de tes pas

Mon regard t’a suivi

Tes yeux ont découvert jour après jour

Les empreintes de ma vie

Ton cœur s’est nourri

De rires, de pleurs, de tous les trépas

Ton cœur a grandit

De fleurs, de vent et de montagnes

C’est aujourd’hui que je te vois mon enfant

C’est aujourd’hui que je te souris ma fille

Grand jour de fête en mon cœur

Célébration d’amour et de vie

Dors, dors ma belle

Dors, dors dans mon lit

Au réveil, cette première neige t’accueillera

Au réveil, tes yeux regarderont le ciel

Je verrai une fois de plus ton sourire

Un souvenir de plus pour les autres jours

Quand tu te rappelleras penchée sur la vie

Un matin de première neige en novembre

Où mon corps entier t’accueilli sur mon sein

Où mon être émerveillé jouissant ton arrivée

Ouvrit tous les barrages de mes rivières

Et te promit les océans, les terres et même les cieux

Ce matin de première neige de novembre

Tous les flocons innombrables

Firent tapis pour mes premiers pas

Vers toi mon enfant

Vers cet amour infiniment grand

 

L’angoisse de la vie blanche

«Parce que la lecture est peut-être avant tout une -conversation-, tout lecteur éprouve le besoin de -répondre- aux textes qui l’interpellent et confèrent à sa propre vie un surcroît d’existence.» Actes Sud, Le point de vue des éditeurs

Il y a des livres qui me provoquent. Ils m’agacent les neurones, nourrissent mes réflexions, m’emballent parfois jusqu’à m’envoyer dans un état second. Un état parallèle, sans gouvernement, sans ministres, sans lois.

Ces livres, ceux qui me marquent le plus, me font saisir le crayon (lorsque j’en ai un à portée) et commettre parfois le petit sacrilège de souligner ou d’écrire dans la marge.  Mais le plus souvent, je m’arrête, je réfléchis, et je me dis : «Oh, ça, il ne faudrait pas que je l’oublie» ou «Oh, que c’est bien dit !».  Je me pâme devant les mots choisis, et l’idée me vient de vouloir recenser toutes ces phrases qui me remuent.

Cet été, lors d’un passage dans une auberge de jeunesse, j’ai piqué (eh oui !) un livre dans un étalage d’objets oubliés. J’ai bien pensé le mettre sous mon bras et me sauver discrètement. Je me suis ressaisie et j’ai demandé sagement aux proprios s’il y avait testament.  Je suis donc l’héritière sans mérite de «Journal d’un lecteur» d’Alberto Manguel.

Manguel a écrit un journal, le temps d’une année. L’auteur se fait le cadeau de relire ces livres qu’il chérit, tout en remontant sa bibliothèque dans sa nouvelle demeure.  Casares, Wells, Kipling, Doyle, Goethe, Cervantes…tout pour vous faire réaliser que vous n’aurez jamais assez de votre vie pour lire tout ce que vous voudriez lire. Moi, ça m’a aussi flanqué le constat (ce qui m’arrive régulièrement) de mon ignorance. Ça ne m’a pas empêchée de me délecter, je devrais dire, de jouir de certains passages.  Je vous souligne celui-ci ici, au lieu de le faire dans le livre.

«Je vais dormir une nuit dans la bibliothèque, afin de m’en approprier véritablement l’espace. C. dit que ça équivaut, pour un chien, à pisser dans les coins !»

Je me dis à l’instant que c’est peut-être un peu ce que je fais en ce moment. Je pisse dans le coin de chacune des pages, j’y laisse une marque de mon passage. Dans l’espoir de les faire miennes.

L’année dernière, j’avais donc fait le voeu de lire l’oeuvre complète de Romain Gary (Émile Ajar).  J’ai manqué de discipline.  Je me le pardonne. J’ai besoin de varier et de m’imprégner de divers auteurs.  Sinon, j’ai un peu l’impression de perdre la perspective nécessaire pour l’apprécier.  Les contrastes, d’un livre à l’autre, révèlent des subtilités qui pourraient se perdre en chemin. À force de toujours manger la même chose, on ne sait plus ce que ça goûte.

Donc, Gary.  Je suis tombée sur une émission diffusée il y a plusieurs années sur les ondes françaises. Bernard Pivot recevait quelques personnages suite à la parution du livre de Paul Pavlowitch, L’homme que l’on croyait. Un document fascinant.

J’ai donc replongé dans L’Angoisse du roi Salomon, écrit sous le pseudonyme d’Émile Ajar.  Quelques mots que j’ai aimés :

«Nous (le personnage parle de sa rencontre avec monsieur Salomon, âgé de 84 ans) avons parlé des espèces en voie d’extinction. Ce qui est normal, vu qu’à son âge, il était le premier menacé.» !!

«Amour : en maçonnerie, espèce d’onctuosité que le plâtre laisse sous les doigts… Amours en cage : terme de botanique. Terme de fauconnerie : voler d’amour se dit des oiseaux qui volent en liberté afin qu’ils soutiennent les chiens….Amour au féminin n’est singulier qu’en poésie.»

Et enfin : «Il n’y a pas de belles peines, ni de laides amours.»

Je vais finir en revenant au titre.  J’ai lu avec un sourire :

«L’angoisse suppose le désir de communiquer.»  Georges Bataille

L’Île d’Orléans

À l’envers cette fois.

Il y a quelques années, j’avais couché très rapidement, comme un coup de vent, mes souvenirs de l’Île. Tout déboulait à une vitesse folle, avec la peur au ventre de les perdre en chemin.

Ce qui devait arriver arriva. Ordinateur volé, aucune copie. Je recommence donc. En espérant retrouver ces pensées volées.

Donc l’Île. Mon Île. En fait, c’est devenu mon Île beaucoup plus tard… Quand je l’avais quittée depuis un long moment.

Toute petite, j’y allais régulièrement pour visiter ma grand-mère, ou faire une visite chez de vieux amis de mes parents.

Chez ma grand-mère, cela se passait toujours un peu de la même manière. Ma mère nous endimanchait. Il fallait se tenir tranquille et se comporter à table comme si nous étions en visite chez la Reine. Vaisselle oblige. Je détestais. Tout. (Y’a comme le début d’une révolte là là !!)

Il me faisait plaisir de tutoyer cette grand-mère, alors que ma mère la vouvoyait. Elle n’aimait pas cette insolence et me reprenait chaque fois. Avec une conscience que seul les jeunes enfants vivent avec acuité, je recommençais, je la tutoyais. Elle devait bien avoir un fond de bonté, mais pour moi, elle aurait très bien joué le rôle de la sœur grise frustrée. Elle ne m’aimait pas. C’était réciproque.

Toutefois, sa maison était située à quelques pas de l’entrée du village, et le terrain arrière nous menait directement à la plage. La plage de l’Île, c’est le sable rougeâtre parsemé tout le long de la rive par des rochers de schiste. Partout, on y trouve moules, escargots (pas de vrais escargots, mais c’est ainsi que nous les nommions…nous aurions dû pourtant savoir que ces petites bêtes portaient le nom de bigorneaux) et avec un peu de chance, des écrevisses. On y découvre aussi (encore aujourd’hui) des cadavres de poissons – dont l’anguille – qui nous rappelle qu’il est possible après tout qu’un monstre se cache tout près dans notre St-Laurent.

J’en ai passé du temps sur cette grève. Je reconnaissais chaque bout de rocher et j’aurais pu dire exactement où je me trouvais en m’orientant par leurs formes.

À Montréal, quinze ans plus tard, j’ai du me résoudre au fait que d’autres que moi s’étaient approprié ce royaume. Une amie du temps, de quelques années mon aînée, vivait à quelques terres de ce qui devait être plus tard notre maison (mes parents firent l’acquisition d’une vieille ancestrale, à rénover, sur la côte. J’ai compris récemment que cette vieille maison est une des rares survivantes du 17è siècle, 1690 pour être exacte). Elle fût tout aussi choquée que moi d’entendre quelqu’un clamer son droit de propriété sur les rochers. Ces derniers avaient entendus tellement de confidences, de peines et de joie, qu’il lui était difficile, autant qu’à moi, d’admettre que nous les avions partagés. Aux mêmes fins.

Lorsque nous habitions notre maison sur la côte, il m’arrivait de –caller- le bateau. L’été, sauf lors de grands vents, le fleuve était plutôt calme. J’avais observé qu’après le passage des paquebots, une belle série de vagues déferlaient sur la côte. À nous d’en profiter.

J’appelais ma voisine. Nous nous donnions rendez-vous à la plage, quinze minutes plus tard. Avec mon chien, ce cher Griffon, tout bâtard qu’il était, je me tenais prête à plonger dans les vagues. Les grosses vagues.

Quand il fait chaud à l’Île, il fait chaud. Là-haut, sur la côte, le soleil frappait sans pitié. Et une saucette dans cette immensité, me faisait oublier quelques minutes, le chemin torride que je devrais marcher pour remonter la côte et rentrer.

Il faut comprendre, que vivre sur la côte, à 2 km du village, sans voisin immédiat, était tout de même un gros changement pour une enfant de 9 ans – habituée par les journées bien remplies à jouer avec la quinzaine d’enfants qui s’emparaient de la rue, du cap, des sous-bois, et qui n’avaient cesse d’inventer et réinventer des jeux alors que, des plus jeunes aux plus vieux, tous s’épuisaient jusqu’à en tomber raide mort à l’heure du Bonhomme sept heures.

Donc….Avant de se rendre à la maison (il fallait monter la côte), on passait obligatoirement devant la maison des Turcotte. Fermiers sur cette terre qui s’étendait jusqu’au milieu de l’Île, ils avaient aussi des enfants !!

Les filles, car c’est le nom de groupe qui leur fût attitré, ont été en fait, mon salut. Filles de ferme : patates, fraises, vaches et foin. Voilà le plan d’occupation du printemps à l’automne. Et pour meubler les quelques temps morts, il y avait la rouleuse de madame Turcotte.

Quel plaisir pour moi, quand je lui demandais de rouler ses cigarettes. Elle me sortait la grosse boîte à tabac, le papier, et l’instrument de fascination. Micheline sortait l’accordéon, et voilà que la soirée allait être une courte fête ! Et quelle fête.

À l’Île, quand on est pas de l’Île, c’est-à-dire, qu’on est pas né sur l’Île, on est jamais vraiment de l’Île. On dirait un système de communication évolué qui renseigne chacun des habitants du village sur vos origines. «Ah !…Une fille d’la ville ». À chaque fois, je recevais une gifle. Et à chaque fois, je présentais l’autre joue. Je me disais qu’à force de me présenter à l’étable, à l’heure de chacune des traites, ils finiraient bien par m’accepter comme une des leurs, et ils m’accorderaient enfin le privilège de traire ma propre vache.

Ils doivent encore en rire entre eux dans les réunions de famille où surgissent toujours les souvenirs d’un autre temps.

J’ai réussi à avoir ma vache. Mais jamais à lui donner un nom officiel.

Un jour, avec les filles, j’avais décidé qu’il était grand temps qu’un gros ménage se fasse à l’étable.

On avait ramassé la bouse, gratter, laver les enclos. Ensuite, nous avions fabriqué, sur bois, de belles plaquettes sur lesquelles nous avions écrit, de notre plus belle écriture, le nom de chacune des vaches. Juste trouver leurs noms nous avait bien occupé une demi-journée. Nous avions opté pour des noms de fleurs. Et vive le Larousse illustré. Nous nous étions donc entendues sur Marguerite, Bouton d’or, Ketchup (en l’honneur de ce que nous avons toujours appelées les fleurs à ketchup), Violette, et…Sophie (?).

Quand notre travail fût accompli, et que l’heure de la traite approchait, nous étions toutes un peu prises d’une certaine nervosité.

Et comme certains auraient pu le prédire, Pépère sorti de ses gonds – arracha le tout – et répandit le foin, où il se devait.

La honte nous habitait. Comme si nous avions commis un crime irréparable. J’avais eu le malheur de donner des idées, de fille de ville, à des gens qui ne devaient surtout pas s’attendrir sur le sort d’un animal. Et surtout, surtout, ne pas les baptiser.

J’ai compris à ce moment précis que je ne serais jamais des leurs.

Pourtant…

Assise à cette terrasse de mon enfance. Tout a changé et tout est semblable. Comment décrire le bruit des vagues qui déferlent tour à tour en flattant l’herbe tendre qui abrite les moules.

J’ai vu aujourd’hui un goéland qui valsait. Il montait dans l’air, se laissait caresser par le vent pour revenir à son départ. C’est par la suite que je l’ai vu, moule en pattes, s’envoler à nouveau et laisser tomber le caillou. Cela faisait trente ans que je n’avais été témoin de cette merveille.

Le fleuve ici, qui m’apparaissait si large, me présente la rive. Je la vois mieux. Comme si dans ma jeunesse, ce monde s’arrêtait à la limite des roches de la marée basse.

Je comprends Lachance d’avoir voulu en faire un lieu balnéaire. Toute petite, la joie quand nous allions se baigner à la «piscine de la plage». Il y avait tout ce monde. Un soulagement d’avoir cette vie autour de moi, alors que mes journées se limitaient souvent à l’espace de la côte.

C’est en revivant un peu cette mémoire que me vient l’idée que l’amour que nous éprouvons pour nos enfants, à leur naissance, à leurs premiers jours est ce qu’il y a de plus proche de l’état de grâce que nous recherchons, par la suite, toute notre vie. Le grand don que l’on m’a fait : j’ai pu aimé totalement, entièrement. Et sans me le faire reprocher. Deux fois.

Je vois les Appalaches au loin. Tout au loin. Les moutons sur le fleuve nous donnent parfois l’illusion d’y voir le souffle d’une baleine.  Je devine, à l’horizon, la brume qui se forme alors que le soleil baisse doucement les bras pour s’allonger dans la grande marée.

 

Pissou civilisé

J’ai glissé un peu …dans les belles côtes de Charlevoix jusqu’à Baie St-Paul.

Le choc tu dis ? Retour à la civilisation.

Oui oui, c’est vraiment joli.

Un peu comme St-Sauveur…en juste plus beau. En moins pire. Sauvée par l’architecture et l’authenticité des demeures anciennes, notre beau patrimoine.

C’est comme ça, vous me le direz, les villages touristiques près des grands centres. On s’entend qu’on est pas ben loin de Québec… Alors ça se construit dans les montagnes, ça magasine en bas (!), ça passe les fins de semaine ou les étés, ou bien ça vient jouer à l’artiste. Amis français, vous êtes les bienvenus !

Il y en a des artistes. Mais il y a aussi des artistes qu’on préfèrerait qu’ils soient restés en ville. Oh méchante !! S’cusez-la. Fallait que ça sorte. Ma plus vieille amie, Élise, va dire que finalement, j’suis pas si fine que ça…Moi-même un peu pseudo, je me donne le droit.

Cela dit, il y a tout de même des endroits sympathiques comme le Café des artistes (!) et le Balcon vert (camping, auberge) qui m’a donné droit à une vue magnifique lorsque je me suis abandonnée au sommeil. Comme un amant fidèle, ce magnifique paysage m’a accueillie au réveil.

C’est le matin des confidences. Je vais mettre ça sur le dos du temps un peu grisou et de mon humeur un peu grisette…

Il m’est arrivé, à plusieurs reprises cet été, d’être envahie par une envie de crier. Fort. Un beau gros et tonitruant «VOS GUEULES !».

Tout a commencé dès le premier festival. Tout le monde s’entasse sous les tentes prévues pour les performances. Et dans presque tous les festivals, sauf une exception, les spectacles sont payants. Et bien croyez-le ou non, certain et certaines, parce que c’est un peu la fête, paient le prix d’entrer pour raconter leur vie à leur voisin. Ou mieux encore, pour rire à gorge déployée de la blague de l’un ou de l’autre.

Et ça se passe, peu importe l’artiste en scène. J’ai été témoin d’un petit 5 à 7 où un artiste de renom s’est plié avec gentillesse à l’exigence qu’engendre le modèle de financement des festivals (c’est la vie !).   Avec éloquence, il faisait le bon blabla pour les commanditaires, partenaires. Il a même gratté sa guitare et chanté pour faire plaisir.

Honte. Il n’y avait qu’une trentaine de personnes. Et ça jasait, ça riait, ça se foutait carrément de ce que cet artiste disait ou chantait. Pas croyable.

Vous excuserez ma p’tite montée de lait. J’ai fait preuve de retenue. Un peu comme lorsque vous êtes invités chez des amis et que les enfants se comportent en monstres insolents et que vous n’osez dire un mot. C’est comme ça. Nous sommes des enfants gâtés et insolents.

Si jamais cela vous arrive, que vous avez payé pour aller entendre un artiste, et qu’une petite gang de morons vous gâche ce beau privilège, cette joie, et bien, osez. Au nom de tous les tolérants pissous que nous sommes parfois.

Une parenthèse pas rapport.

Le choc des rencontres. Le beau et le laid. Le bon et le mal. La capacité de s’émerveiller, et aussi, de continuer à réfléchir. La nature, les animaux, à chaque détour me surprennent, et me donnent toujours tout, ce tout inexplicable. Pas de leurre.

Il s’agit d’ouvrir tout simplement ses yeux et son coeur. Le calme revient. Ainsi que l’envie de reprendre la route…pour m’émerveiller encore un peu (et réfléchir !), encore quelques jours.

Bises à mes amis et amies où que vous soyez.

RouteCharlevoix

65 jours plus tard

En prenant le traversier vers Tadoussac, je savais que j’aurais de légers vertiges. Partie depuis le 11 juin, j’allais frôler mes premiers souvenirs de l’été. Je savais aussi que quelques heures plus tard, la pluie reviendrait m’accueillir à St-Siméon, comme si le destin replaçait tous les éléments dans un passé déjà loin et si proche à la fois. Un peu pour me rappeler que cette fois, ce serait vraiment le début de la fin.

Malgré tout le confort de mon New-West, j’avais besoin d’un vrai repos. Une pause. Me suis donc pris une chambre d’hôtel, avec juste un peu plus d’espace pour tourner sur moi-même. Au matin, le ciel avait définitivement tiré la couverture sur son soleil. Je l’entendais se virer d’un bord comme sur l’autre, bougonner, soupirer…pleurer. Et j’étais là, à vouloir – mauvaise habitude – porter son malheur. Ça s’est calmé en fin de journée. J’ai ouvert ma fenêtre sur un peu de bonheur. Encore la musique.

La ChantEauFête dans le monde des festivals d’été, c’est presque la fin du roadtrip pour bien de jeunes artistes qui n’ont cessé de faire, défaire et refaire leurs valises tout l’été. Il y aura bien le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (que je manquerai !!) et quelques autres encore… J’ai revu bien des visages croisés pendant l’été.

Pour ceux et celles qui m’ont suivi un peu, vous savez que je ne suis pas tombée dans les détails des prestations d’artistes, je ne me suis pas faite critique. J’ai quand même eu de beaux coups de cœur. Je me suis attachée un peu. Avec certains et certaines, j’ai pu échangé un peu au delà de la frontière, et avec d’autres, je suis restée spectatrice, prête à me faire charmer ou émouvoir.

Il y a des gens que l’on rencontre et qu’instantanément, on sent l’ouverture. Pas d’armes. Juste les bras ouverts.

C’est surtout avec les organisateurs et bénévoles que je vis ces moments. Et quelques fois, des artistes. Je ne vais pas les nommer ici. Ce n’est peut-être pas croustillant, et je déçois votre curiosité de paparazzi (que nous avons tous)…

J’aimerais plutôt vous dire que ce sont tous les gens de l’ombre qui s’affairent à jeter de la lumière sur les artistes, à tourner les boutons, à rouler et dérouler des fils, à se soucier de leur bien-être, à accueillir les gens, à faire à manger, à s’inquiéter de la chaleur ou du froid dans les tentes, à s’occuper des commanditaires, à pousser les crayons pour faire arriver les chiffres, à espérer que tout se passe bien ! Et plusieurs le font généreusement et aussi bénévolement.

On ne le dira jamais assez. Faire du bénévolat ouvre la voie au bonheur. En jasant avec m’sieur le maire, Sylvain Tremblay, j’ai eu un p’tit coup de confiance dans la politique municipale. Lucide à propos du mal des régions (il n’y a quand même que 1 300 âmes à St-Siméon), il se réjouit de ce que la ChantEauFête aura permis. Non seulement cet événement permet aux jeunes de la région d’explorer et de côtoyer le monde culturel, et aussi parfois même de s’y trouver un métier, mais aussi, il génère de la fierté et du bonheur. La population plus âgée s’implique beaucoup.

Ils ne sont peut-être pas tous fous de notre musique, mais ils sont là. Ils crient en cœur, comme dans le bon vieux temps : «Présent !»

Monsieur Harvey sur la photo !

 

En cas de pluie

 

On zoue

Est-ce la pleine lune, la nuit agitée, le réveil à 4h du matin par le chant des bateaux qui se disent «bonjour» dans le brouillard, la lenteur des jours? Le départ de ma chère amie vers le Grand Nord? Une longue et belle conversation sur la plage, rosée dans une main et téléphone dans l’autre?

Il est toujours là le brouillard.

Je suis du côté du soleil et je passe en revue tout ce que mes yeux attrapent : épilobes, rosiers et fleurs sauvages, l’immensité de la grève à marée basse, les fumées de brumes qui semblent sortir du sable, la pointe des arbres de l’Îles aux Basques.

On parle souvent de vivre le moment présent. La capacité de se figer, un moment, remplie d’appréciation et de reconnaissance. Contemplation.

Je crois toutefois que cette position en est une de privilège. Le temps s’arrête quand nous ne sommes pas dans le besoin. Aucun. Qu’il soit essentiel, de subsistance ou de réalisation de soi, de projet, de reconnaissance, d’expression etc.

C’est essentiellement lorsque l’on réussit à s’oublier totalement que ça se passe.

Cette pensée inachevée… Je n’écris pas une dissertation philosophique (que je ne saurais faire de toute façon), mais je me permets de l’écrire, de le dire.

Enfin…

J’ai commencé à lire «Quelques pas dans l’éternité». Après avoir lu«Ceci est mon corps», mon intérêt s’est fait de plus en plus grandissant pour Jean-François Beauchemin.

Je vous laisse donc avec cette citation :

«Quelque chose a changé profondément. Il me vient parfois cette pensée troublante qu’en m’inventant un personnage, en l’autorisant à se prendre pour moi, je m’essayais à venir au monde….À défaut de m’être rencontré tout à fait, de me connaître suffisamment pour accomplir enfin l’aventure faite pour moi et dont je sentais l’appel, je tentais de prendre corps….de préciser ma vie.»

Bonne journée !  M’en vais zouer avec les bélugas !

Trois-Pistoles