Pissou civilisé

J’ai glissé un peu …dans les belles côtes de Charlevoix jusqu’à Baie St-Paul.

Le choc tu dis ? Retour à la civilisation.

Oui oui, c’est vraiment joli.

Un peu comme St-Sauveur…en juste plus beau. En moins pire. Sauvée par l’architecture et l’authenticité des demeures anciennes, notre beau patrimoine.

C’est comme ça, vous me le direz, les villages touristiques près des grands centres. On s’entend qu’on est pas ben loin de Québec… Alors ça se construit dans les montagnes, ça magasine en bas (!), ça passe les fins de semaine ou les étés, ou bien ça vient jouer à l’artiste. Amis français, vous êtes les bienvenus !

Il y en a des artistes. Mais il y a aussi des artistes qu’on préfèrerait qu’ils soient restés en ville. Oh méchante !! S’cusez-la. Fallait que ça sorte. Ma plus vieille amie, Élise, va dire que finalement, j’suis pas si fine que ça…Moi-même un peu pseudo, je me donne le droit.

Cela dit, il y a tout de même des endroits sympathiques comme le Café des artistes (!) et le Balcon vert (camping, auberge) qui m’a donné droit à une vue magnifique lorsque je me suis abandonnée au sommeil. Comme un amant fidèle, ce magnifique paysage m’a accueillie au réveil.

C’est le matin des confidences. Je vais mettre ça sur le dos du temps un peu grisou et de mon humeur un peu grisette…

Il m’est arrivé, à plusieurs reprises cet été, d’être envahie par une envie de crier. Fort. Un beau gros et tonitruant «VOS GUEULES !».

Tout a commencé dès le premier festival. Tout le monde s’entasse sous les tentes prévues pour les performances. Et dans presque tous les festivals, sauf une exception, les spectacles sont payants. Et bien croyez-le ou non, certain et certaines, parce que c’est un peu la fête, paient le prix d’entrer pour raconter leur vie à leur voisin. Ou mieux encore, pour rire à gorge déployée de la blague de l’un ou de l’autre.

Et ça se passe, peu importe l’artiste en scène. J’ai été témoin d’un petit 5 à 7 où un artiste de renom s’est plié avec gentillesse à l’exigence qu’engendre le modèle de financement des festivals (c’est la vie !).   Avec éloquence, il faisait le bon blabla pour les commanditaires, partenaires. Il a même gratté sa guitare et chanté pour faire plaisir.

Honte. Il n’y avait qu’une trentaine de personnes. Et ça jasait, ça riait, ça se foutait carrément de ce que cet artiste disait ou chantait. Pas croyable.

Vous excuserez ma p’tite montée de lait. J’ai fait preuve de retenue. Un peu comme lorsque vous êtes invités chez des amis et que les enfants se comportent en monstres insolents et que vous n’osez dire un mot. C’est comme ça. Nous sommes des enfants gâtés et insolents.

Si jamais cela vous arrive, que vous avez payé pour aller entendre un artiste, et qu’une petite gang de morons vous gâche ce beau privilège, cette joie, et bien, osez. Au nom de tous les tolérants pissous que nous sommes parfois.

Une parenthèse pas rapport.

Le choc des rencontres. Le beau et le laid. Le bon et le mal. La capacité de s’émerveiller, et aussi, de continuer à réfléchir. La nature, les animaux, à chaque détour me surprennent, et me donnent toujours tout, ce tout inexplicable. Pas de leurre.

Il s’agit d’ouvrir tout simplement ses yeux et son coeur. Le calme revient. Ainsi que l’envie de reprendre la route…pour m’émerveiller encore un peu (et réfléchir !), encore quelques jours.

Bises à mes amis et amies où que vous soyez.

RouteCharlevoix

65 jours plus tard

En prenant le traversier vers Tadoussac, je savais que j’aurais de légers vertiges. Partie depuis le 11 juin, j’allais frôler mes premiers souvenirs de l’été. Je savais aussi que quelques heures plus tard, la pluie reviendrait m’accueillir à St-Siméon, comme si le destin replaçait tous les éléments dans un passé déjà loin et si proche à la fois. Un peu pour me rappeler que cette fois, ce serait vraiment le début de la fin.

Malgré tout le confort de mon New-West, j’avais besoin d’un vrai repos. Une pause. Me suis donc pris une chambre d’hôtel, avec juste un peu plus d’espace pour tourner sur moi-même. Au matin, le ciel avait définitivement tiré la couverture sur son soleil. Je l’entendais se virer d’un bord comme sur l’autre, bougonner, soupirer…pleurer. Et j’étais là, à vouloir – mauvaise habitude – porter son malheur. Ça s’est calmé en fin de journée. J’ai ouvert ma fenêtre sur un peu de bonheur. Encore la musique.

La ChantEauFête dans le monde des festivals d’été, c’est presque la fin du roadtrip pour bien de jeunes artistes qui n’ont cessé de faire, défaire et refaire leurs valises tout l’été. Il y aura bien le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (que je manquerai !!) et quelques autres encore… J’ai revu bien des visages croisés pendant l’été.

Pour ceux et celles qui m’ont suivi un peu, vous savez que je ne suis pas tombée dans les détails des prestations d’artistes, je ne me suis pas faite critique. J’ai quand même eu de beaux coups de cœur. Je me suis attachée un peu. Avec certains et certaines, j’ai pu échangé un peu au delà de la frontière, et avec d’autres, je suis restée spectatrice, prête à me faire charmer ou émouvoir.

Il y a des gens que l’on rencontre et qu’instantanément, on sent l’ouverture. Pas d’armes. Juste les bras ouverts.

C’est surtout avec les organisateurs et bénévoles que je vis ces moments. Et quelques fois, des artistes. Je ne vais pas les nommer ici. Ce n’est peut-être pas croustillant, et je déçois votre curiosité de paparazzi (que nous avons tous)…

J’aimerais plutôt vous dire que ce sont tous les gens de l’ombre qui s’affairent à jeter de la lumière sur les artistes, à tourner les boutons, à rouler et dérouler des fils, à se soucier de leur bien-être, à accueillir les gens, à faire à manger, à s’inquiéter de la chaleur ou du froid dans les tentes, à s’occuper des commanditaires, à pousser les crayons pour faire arriver les chiffres, à espérer que tout se passe bien ! Et plusieurs le font généreusement et aussi bénévolement.

On ne le dira jamais assez. Faire du bénévolat ouvre la voie au bonheur. En jasant avec m’sieur le maire, Sylvain Tremblay, j’ai eu un p’tit coup de confiance dans la politique municipale. Lucide à propos du mal des régions (il n’y a quand même que 1 300 âmes à St-Siméon), il se réjouit de ce que la ChantEauFête aura permis. Non seulement cet événement permet aux jeunes de la région d’explorer et de côtoyer le monde culturel, et aussi parfois même de s’y trouver un métier, mais aussi, il génère de la fierté et du bonheur. La population plus âgée s’implique beaucoup.

Ils ne sont peut-être pas tous fous de notre musique, mais ils sont là. Ils crient en cœur, comme dans le bon vieux temps : «Présent !»

Monsieur Harvey sur la photo !

 

En cas de pluie