La question

Installée avec ma serviette, mon livre, ma p’tite chaise (tellement pratique !), j’observe encore la mer.  Dans la baie, on voit les bordures de la terre changer du rouge au brun, puis au gris.  Le contraste avec cette forêt bien accrochée. Elle semble retenir tout dans ses bras.

Pluie d’obus.

Les fous de bassan ont repéré un banc de poissons.  Un grand spectacle d’acrobates !  En v’là un qui monte et monte, vire de cap et amorce la descente, se fait une vrille avant de s’allonger pour mieux plonger.  Splash !  L’écume s’envole.

Ah ! Te v’là encore toi ?!

Impossible de te tenir à l’écart.  J’ai beau retenir la porte, lui dire de foutre le camp, de me laisser en paix – cette paix dont le prix me paraît de moins en moins élevé !

C’est pas comme si c’était la première fois.  On se connaît bien elle et moi.  On joue à cache-cache. On s’oublie. On se retrouve. Et on s’affronte.

J’ai bien gagné quelques joutes. Trouvant réponses dans de beaux projets ; une entreprise, de beaux et bons enfants, des amours, de nouveaux défis d’emploi, une rénovation ou deux, des voyages.  Plus les années passent, plus ma p’tite tannante me demande : «Alors ? Tu fais quoi là là ? Tu sers à quoi au juste ? Et surtout…tu n’as pas le droit de juste regarder le temps passer ! ».

Pourtant.

J’adore, je savoure ce temps qui m’est donné.  Et je réponds à la fatigante : «c’est ben correct de ne pas avoir de réponse….de ne pas être productive ! ».

Un ami me disait, en d’autres mots, que c’est un peu ça parfois l’art.  Certains l’exécutent religieusement jour après jour.  D’autres laissent germer les semences. À leurs rythmes. Avec respect. Et patience.

Et quand c’est le temps de cueillir, on s’y met.  On trime.  Et ensuite, on espère. On rêve un peu, que quelqu’un à l’autre bout, ou tout près, saisisse le propos, l’essence, la beauté et l’effort qu’un tel labeur aura demandé de soi.

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Si j’avais passé ma vie en Gaspésie, j’aurais les yeux bleus à force de regarder la mer.

J’ai cru remarquer d’ailleurs, sans maquillage depuis le 11 juin (oui oui pour les sceptiques !), une nouvelle couleur qui se cultive lentement.  Il y a de nouveaux reflets. Dans mon âme.

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Je crois saisir, comprendre un peu mieux, la nécessité de l’arrêt.

C’est quand l’espace et le temps s’arrêtent, que jaillissent les idées, les mots, parfois même, les images.

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