Sea Shack

Fin d’après-midi, arrivée au Sea Shack

Le spot est extraordinaire. Faut juste pas avoir peur d’entrer dans un autre monde. Car c’est un autre monde.

Oui. On vieillit. Même si on ne veut pas trop trop.

Vous êtes nés en quelle année au juste ? Admettons, juste pour l’histoire, qu’on s’arrête à 1970. C’est un beau chiffre non ? Il y en a qui diront : «j’étais même pas né !»…Ouais, ben, y’en a une gang (une grosse gang) qui se rappellera, je n’ose y penser, bien de drôles de souvenirs. Dans mon cas, ça a passé inaperçu…j’étais à peine née…(rire). Une fois de plus, pour les fins de l’histoire, on va dire qu’on avait tous entre 17 et 24 ans en 1970.

Arrêt du temps.

Vous partez en Westfalia, quelque part avec votre chum ou votre blonde, vous avez ramassé quelques âmes sur la route, et v’là que vous êtes rendus en Gaspésie. Un peu passé Sainte-Anne-Des-Monts, arrêt au Sea Shack (on va dire que ça existait à l’époque).

Entre temps, ellipse temporelle, y’a une tite gang en 2004 qui décident qu’en ’70, c’était peut-être ça, les belles années.

Ils s’inspirent de quelques voyages (réels ou par procuration) dans les mers du sud. On se fait un abri-bar avec les genres de feuilles de palmier qui deviennent grises avec le soleil. On imagine qu’il fait chaud, chaud, chaud.

Drette dans la face, Pit Caribou en main, vous admirez …pas les filles…nenon, ni les gars (y’en a de très jolies et mignons).  Vous regardez la mer. Encore la mer ! Y’a bien des épinettes qui grimpent sur les falaises et qui s’agrippent tant bien que mal, des tentes de toutes les couleurs tapissent la grève. Des hamacs accrochés sous des huttes de plage entassent quelques jeunesses, deux ou trois chiens font le tour de la place, en quête de grenailles.

Ça y est ? Vous y êtes ?

Et finalement, y’a la musique.

Ce soir, c’est le «jam du mardi» avec Éric Dion et André Lavergne. Dans l’Shed.

Shed, Shack….ça marche. Même que ça marche très bien. «Dans l’bois» que j’avais entendu à Petite-Vallée sonne encore mieux ici, avec le décor. Suivra une très réussie «Belle embarquée». On a débuté par un petit 5 à 7. Pas grand monde. C’est pas grave, ceux et celles qui y sont, écoutent. Ravis.

Je me retourne vers la mer et j’aperçois un nuage …un souffle.

Un grand souffle de baleine.

Encore deux fois avant de disparaître au large.

«Attends-moi ! … J’arrive !»

P.-S.  si vous êtes en manque de sommeil….ce n’est pas là où vous trouverez le repos !

P.-S.2… La réalité – la vraie histoire du Sea Shack est bien plus belle -.

Sea Shack

L’espoir

J’ai tardé un peu à vous raconter cette rencontre. Cette belle rencontre.

C’est l’histoire d’une jeune femme, qui ne souhaite que d’être sereine, et qui, par amour, fît son premier jardin.

La magie de confier à la terre de toutes petites graines, et de les regarder générer une si grande abondance.

Produire la santé ensemble, c’est le nom d’un organisme pour lequel elle travaille. C’est le nom en fait de plusieurs personnes en un nom. La mission ? «Développer, accompagner, expérimenter des solutions collectives pour l’amélioration de la santé globale par l’accroissement de l’autonomie alimentaire.»

J’vous entends déjà dire : «Bon bon bon, encore une gang de hippies pelletant des nuages».

Et ben non !  Ce sont des gens, extrêmement dédiés. Ils travaillent fort. Et ils le font avec un sens aigu de la responsabilité qu’ils portent pour leurs enfants, et aussi pour leur communauté.

Donc, cette femme, Karen Golden, a démarré un jardin à l’école de sa fille. Et quand un poste s’est ouvert pour travailler justement à développer des potagers avec les écoles, elle n’a pas hésité une minute.

Trois écoles l’année dernière, et trois nouvelles pour l’année qui vient.  Les enfants apprennent avec des ateliers culinaires l’hiver, et par la suite, des ateliers pour cultiver; voir aux semis, planter, entretenir, récolter, cuisiner, manger. Avec amour.

Ça se passe où tout ça ? À Val d’Espoir. Oui oui, le siège de Fred, la fameuse marmotte, officiellement dédiée depuis 2010 à annoncer la venue du printemps.  C’est aussi l’arrière pays de Percé, et où se tenait jadis l’école d’agriculture (1938-1961).

Je vous raconte tout ça, parce que je trouve ça non seulement beau, mais aussi inspirant.

Il y a plein de gens venus d’ailleurs, et on fait une place (contrairement à d’autres villages) à ces nouveaux arrivants. On a de l’espoir.  Quinze nouveaux nés cet hiver !

Et comme Karen le dit si bien : «En Gaspésie, c’est vivre dans un territoire où tout est possible. On peut se recréer comme on le veut. Malgré toutes les difficultés que l’éloignement engendre….on apprend à mieux s’organiser, on pense collectivement, avec le voeu de ne pas dépendre des institutions gouvernementales.»

On va leur souhaiter de belles récoltes, de nouvelles recrues, et la sérénité. Ils le méritent.

Voici un lien d’un petit document vidéo qui a été conçu par des gens de là-bas. Si ça vous dit.

http://vimeo.com/83766057

Salut les bâtisseurs et bâtisseuses !

Percé

La question

Installée avec ma serviette, mon livre, ma p’tite chaise (tellement pratique !), j’observe encore la mer.  Dans la baie, on voit les bordures de la terre changer du rouge au brun, puis au gris.  Le contraste avec cette forêt bien accrochée. Elle semble retenir tout dans ses bras.

Pluie d’obus.

Les fous de bassan ont repéré un banc de poissons.  Un grand spectacle d’acrobates !  En v’là un qui monte et monte, vire de cap et amorce la descente, se fait une vrille avant de s’allonger pour mieux plonger.  Splash !  L’écume s’envole.

Ah ! Te v’là encore toi ?!

Impossible de te tenir à l’écart.  J’ai beau retenir la porte, lui dire de foutre le camp, de me laisser en paix – cette paix dont le prix me paraît de moins en moins élevé !

C’est pas comme si c’était la première fois.  On se connaît bien elle et moi.  On joue à cache-cache. On s’oublie. On se retrouve. Et on s’affronte.

J’ai bien gagné quelques joutes. Trouvant réponses dans de beaux projets ; une entreprise, de beaux et bons enfants, des amours, de nouveaux défis d’emploi, une rénovation ou deux, des voyages.  Plus les années passent, plus ma p’tite tannante me demande : «Alors ? Tu fais quoi là là ? Tu sers à quoi au juste ? Et surtout…tu n’as pas le droit de juste regarder le temps passer ! ».

Pourtant.

J’adore, je savoure ce temps qui m’est donné.  Et je réponds à la fatigante : «c’est ben correct de ne pas avoir de réponse….de ne pas être productive ! ».

Un ami me disait, en d’autres mots, que c’est un peu ça parfois l’art.  Certains l’exécutent religieusement jour après jour.  D’autres laissent germer les semences. À leurs rythmes. Avec respect. Et patience.

Et quand c’est le temps de cueillir, on s’y met.  On trime.  Et ensuite, on espère. On rêve un peu, que quelqu’un à l’autre bout, ou tout près, saisisse le propos, l’essence, la beauté et l’effort qu’un tel labeur aura demandé de soi.

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Si j’avais passé ma vie en Gaspésie, j’aurais les yeux bleus à force de regarder la mer.

J’ai cru remarquer d’ailleurs, sans maquillage depuis le 11 juin (oui oui pour les sceptiques !), une nouvelle couleur qui se cultive lentement.  Il y a de nouveaux reflets. Dans mon âme.

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Je crois saisir, comprendre un peu mieux, la nécessité de l’arrêt.

C’est quand l’espace et le temps s’arrêtent, que jaillissent les idées, les mots, parfois même, les images.

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Chronique voyage

Après Petite-Vallée, je suis partie un peu à la dérive en longeant la côte de la Gaspésie vers la Baie-des-Chaleurs. Des p’tites vacances (!)….

Je commencerai donc par vous parler des barachois. Ah ha !

J’avais, je crois, déjà entendu ce mot – parce que c’est aussi un nom de village – mais je ne savais pas qu’il y avait tout plein de barachois en Gaspésie.  Alors, pour ceux qui ne le savent pas, on décrit la chose comme un prolongement de la mer, mais séparé de cette dernière par un banc de sable ou de grève. Ceci en fait des eaux calmes et souvent propices pour y trouver plusieurs espèces d’oiseaux et bibittes. Le mot viendrait du basque barratxoa. Normal quand on sait que les Basques furent de grands exploitants de baleines et poissons dans les eaux du Saint-Laurent. En 1713, avec le traité d’Utrecht, les Basques eurent à quitter les terres et mers occupés par les colonisateurs français et anglais. C’est d’ailleurs lors de ce traité que la France céda les territoires acadiens à la Grande-Bretagne. Cette dernière prépara dans les années qui suivirent ce que l’on appelle le Grand dérangement. Mais vous savez tout ça n’est-ce pas ? Le cinquième grand rassemblement pour le Congrès mondial acadien aura lieu du 8 au 24 août prochain.

D’ailleurs c’est au Bourg de Pabos (nom qui vient du mot Pabok en Micmac et qui veut dire : eaux tranquilles) que j’ai fait un premier arrêt.  J’y ai découvert un parc merveilleusement aménagé : pistes cyclables, plage, quelques bâtiments à l’architecture surprenante (alliage bois et acier), lieux de fouilles etc.

Puis, c’est à Paspébiac que j’ai finalement mangé du homard. J’avais fait un arrêt à Sainte-Thérèse, petit port de pêche bordé de terres agricoles, et j’avais «zieuté» le homard dans une poissonnerie sur le bord du quai.

Donc, surprise ce soir là en allant se promener sur le quai de Paspébiac

Phare sur le lieu de camping Carleton-sur-Mer

.  Le village devait y être au grand complet.  Les jeunes dans les Camaros, les plus vieux, stationnés à la queue leuleu – toutes chaises installées-, quelques pêcheurs et beaucoup de placote !

J’ai eu le souvenir de mon enfance lors d’une sortie tardive avec mon père au quai de St-Jean Î.O. – pour pêcher l’éperlan.  Je me dis qu’on devrait aménager des quais un peu partout autour de l’Île de Montréal. Peut-être bien que les gens recommenceraient à se parler, se saluer. Ou, à juste prendre le temps de prendre le temps.

Phare sur le lieu de camping Carleton-sur-Mer